《L'Empire de Cendres》CHAPITRE 20 : SUZANNE
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Un timide soleil apparaissait à peine au-delà des montagnes lorsque Suzanne mit finalement le nez dehors. Depuis maintenant deux heures, l’archéologue s’était attelé à la réparation de son bras avec l’IA Jinko. Elle espérait ne plus les entendre se disputer une fois à l’extérieur.
La jeune femme trouva le cyborg, allongé dans l’herbe brune quelques mètres plus loin. La tête posée sur un sac en toile, ses tatouages rougeoyaient au soleil.
« Avez-vous pu analyser le pendentif d’Erol ? » demanda Suzanne à la technomancienne presque assoupie sur son clavier tactile.
De sa peau émanait un voile de vapeur. Les circuits sur son corps devaient conduire un flux continu de chaleur. Cela pouvait expliquer pourquoi, malgré la fraîcheur matinale, Byte n’était pas frigorifiée.
« Oui, fit-elle en se frottant les yeux. C’est, entre autres, bien le code du complexe. C’est un miracle que l’Inquisition n’ait pas mis la main dessus.
— Si c’est un autre groupe qui vous attendait à Trisstiss, il n’est pas étonnant que cela ne les intéressât pas. »
Byte déconnecta le lecteur portable et referma son ordinateur. Elle tendit ensuite le pendentif de Marian à Suzanne.
« Tu n’as pas envie d’y retourner, n’est-ce pas ? dit-elle.
— J’ai peur de ce que je vais y trouver, avoua Suzanne.
— Lui non plus n’a aucune envie d’y retourner. »
Du menton elle désigna le tertre où la querelle entre Jinko et Erol reprenait de plus belle.
« Quel passé terrible partage-t-il avec l’Inquisition ? »
Suzanne en partageait une partie. Bien qu’elle n’ait côtoyé Octave qu’un bref instant, sa mort si brutale l’avait profondément bouleversée. Voyant Suzanne perdue dans ses pensées, Byte n’insista pas.
L’homme au chapeau sortit alors du tumulus, le torse recouvert d’huile grise et de sang coagulé. Il pianotait dans le vide avec ses nouveaux doigts en fibres polymères.
« Quelle était l’origine de ces chamailleries constantes ? demanda Byte.
— Dissonances d’ordre technique, répondit Erol. Mais votre conjointe m’a finalement convaincu. Les fibres de Carbone-65 sont définitivement moins lourdes que l’alliage précédent. »
Il remercia ensuite la technomancienne et, plus curieusement, Jinko.
« Cela ne nous était d’aucune utilité de toute façon, réagit Byte en désignant un seau d’eau pour qu’Erol puisse se nettoyer.
— Le Juge est encore loin ? Quand partons-nous désamorcer ce maudit missile Suzanne et moi ?
— Dès que vous aurez rassemblé vos affaires, nous pourrons partir. Il serait intelligent de profiter davantage de la fraîcheur matinale.
— Vous venez donc avec nous ? dit Suzanne.
— Ils enverront de toute évidence des hommes ici. Nous n’y sommes plus en sécurité », soupira Byte.
Suzanne s’excusa. C’était à cause de son implant que son hôte était maintenant chassé de chez elle. Une nouvelle fois.
« Ce n’est rien. Il reste suffisamment d’énergie à Jinko pour se mettre à l’abri. »
Suzanne et Erol partagèrent leur étonnement. Mais quand ils finirent de rassembler leurs affaires pour rejoindre les chevaux, ils comprirent ce que Byte voulait dire. Dans un grondement sourd, le tertre se souleva de terre. Huit pattes d’acier semblables à celles d’une araignée grincèrent en se dépliant. L’abri de Byte était en train de se déplacer tout seul.
« Qu’est-ce que c’est que ce truc ? » s’étouffa Erol.
Suzanne était abasourdie bien qu’elle reconnut là un prototype de Sentinelle titanesque. Ces monstres n’étaient cependant jamais sortis des laboratoires de la Lionheardt.
« Nous nous rendons à Lucerne avec ça ?
— Oui, parce que niveau discrétion ce n’est pas des plus optimal… » commenta Erol.
Byte était déjà montée sur son loup.
« Idiots ! pouffa-t-elle devant leur incrédulité. Jinko va simplement se repositionner un peu plus loin dans la vallée. Vous prenez les chevaux ! »
Jinko, le char d’assaut transformé en mobile home réalisa un fantasque salut militaire. Faisant rugir ses moteurs, il commença sa retraite plus profondément dans le val.
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Suzanne perçut une larme couler le long de la joue du cyborg. Mais, sans plus attendre, Byte leur ordonna de se mettre en route.
« Nous passerons par le sud. Si nous coupons directement à l’est nous foncerons droit vers nos poursuivants.
— Par les lacs d’acide ? demanda Erol. C’est quelque peu dangereux. »
Mais Byte lui fit comprendre que leurs choix étaient plutôt limités.
Quelques heures plus tard, le sentier qui menait aux lacs mortels était en effet encore plus ardu que celui qui les avait conduits à la vallée des tertres. Il était parfois si étroit qu’Erol envisagea d’abandonner les chevaux afin de poursuivre à pied. Ce que Byte refusa à juste titre. Sans eux, ils seraient rattrapés en un rien de temps.
La technomancienne leur avait certifié que plus aucune caravane ne suivait cette route si dangereuse depuis des années. D’ailleurs, des diligences fantômes jonchaient le bord du chemin dès que celui-ci s’élargissait. Charrettes et véhicules à moteur modifiés, tous rouillaient avec leur sinistre cargaison.
Suzanne n’avait cessé de contempler cette désolation qui n’en finissait pas. Ce monde mort ne pouvait pas être le fruit de Thomas Lionheardt.
Tom détestait perdre du temps. Alors, je ne l’imagine pas une seconde détruire tout ce qu’il a bâti ou aurait pu bâtir. Tout ceci n’a juste aucun sens.
Byte ralentit la marche de son destrier peu commun pour se placer à sa hauteur. Devant eux se dressait la carcasse d’un véhicule aussi ancien que leur monde. Il avait été criblé de balles de très gros calibre.
« Des bandits sévissaient ici il y a longtemps, leur confirma leur guide.
— Qu’est-il arrivé à ces bandits ? Ne risquons-nous pas d’en croiser ? » demanda Erol après avoir inspecté le contenu de ce vieux poste de commandement mobile, maintenant encastré dans la montagne.
« Emportés par les lacs, répondit Byte dont le loup agile grimpait l’obstacle.
— Comment pouvez-vous en être si sûre ?
— Nous les y avons poussés nous-même, sourit-elle en caressant sa monture canine. N’est-ce pas Jinko ? »
La bête émit un grognement, comme s’il riait.
« Je ne comprends rien à ces deux oiseaux », lui murmura Erol après s’être assuré que Byte soit passée de l’autre côté du camion.
Suzanne haussa ses épaules. Byte et Jinko, une IA vraisemblablement décentralisée, étaient en effet deux curieux personnages.
La jeune femme endura la fraîcheur matinale jusqu’à ce que le soleil atteigne son zénith. À la suite de cela, s’en était fini de la vallée et de ses tertres. Désormais, se dressaient devant eux deux pics rocheux encadrant un large passage.
Ces deux montagnes s’avérèrent être en fait deux immenses carcasses de robots reposant sur le récif. Soumis aux intempéries, ils étaient en très mauvais état. À vrai dire, il était maintenant presque impossible de différencier l’acier dont ils étaient constitués à la roche granitique fondue qui les recouvrait partiellement.
Les géants gardaient l’entrée d’un désert rouge comme le sang. Il ne régnait désormais que des amas de pierres écorchées balayées par un vent chaud et nauséeux.
Derrière presque chaque rocher se cachait une cheminée de métal ou de béton, régurgitant son poison dans l’atmosphère. Comme l’annonça Byte, ces terres étaient malades. Des émanations provenaient aussi directement du sol témoignant de l’ancienne activité d’usines souterraines.
« En un millénaire, la contamination ne s’est pas dissipée ? questionna Suzanne.
— En partie. »
Byte fouilla ensuite dans le sac en toile qu’elle avait emporté et leur remit une paire de masques chacun. Il y en avait pour eux et pour leurs chevaux. Elle se contenta d’un petit module jaune qu’elle clipsa par-dessus son nez.
« Masque à gaz ? » demanda Suzanne après avoir ajusté le sien.
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Byte acquiesça en aidant Erol à récupérer son chapeau.
L’avancée se fit ensuite à un rythme saccadé. À plusieurs reprises l’expédition avait dû rebrousser chemin à cause des nappes d’acide qui bougeaient sans cesse. En un instant, une mare de près de dix mètres de large pouvait disparaître sous la poussière rouge ou apparaître juste devant les cavaliers.
Dans les airs, de petits nuages sombres faisaient parfois pleuvoir des gouttes d’acide. L’un d’entre eux surprit soudainement Erol qui n’eut pas le temps de s’en éloigner. Plusieurs perles lui attaquèrent son bras mécanique, mais les polymères ne souffrirent guère.
« Je ne peux plus respirer, toussa subitement Erol au détour d’un amas de sable que le vent avait fait décoller.
— N’enlevez pas le masque ! Tapotez le bec ! » lui hurla la technomancienne avant de lui porter assistance.
La même rafale frappa de plein fouet Suzanne qui fut aveuglée. Du gravier percuta violemment les monocles de verre, menaçant de les briser.
Elle se protégea de ses mains, lâchant ainsi les rênes de son cheval. Ce dernier, apeuré par une telle tempête se cabra faisant chuter la jeune femme dans un tourbillon ardent. Quand sa tête heurta le sol, elle eut le souffle coupé. Emporté par la rafale, son masque avait glissé quelques mètres plus loin.
Le ventre criblé de sable et de poussière, son destrier se retourna et tomba à la renverse à quelques centimètres d’elle. Impuissant, Erol luttait désormais pour contenir le sien.
Fermant les yeux et retenant sa respiration, Suzanne cherchait à tâtons son masque protecteur, en vain. Le sable lui mordit le visage et la douleur devint de plus en plus insupportable. Respirer au cœur de ce déferlement signerait son arrêt de mort.
Au bout d’un instant, elle n’en put plus. Tandis que le vent retombait comme il était apparu, Suzanne prit une légère bouffée d’air juste avant que ses doigts n’agrippassent la sangle de cuir de son propre masque.
Ce fut comme recevoir un sabre en travers de l’œsophage, un timonier chauffé au rouge plongeant vers les poumons. Son cri de douleur fut étouffé par Erol qui s’était précipité sur elle pour lui clore la bouche. La plaquant au sol, il lui revêtit le masque qu’il tenait dans sa main.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux quelques secondes plus tard, elle vit le visage de l’archéologue. Il ne portait pas son masque protecteur et du sang commençait à perler aux commissures de ses lèvres.
Suzanne finit d’enfiler la protection de son guide. Byte tendit à l’archéologue celui de la jeune femme qui avait glissé en bas de la dune. Après avoir craché un mélange ocre et visqueux de sang et de sable, Erol l’épaula avec l’aide de la technomancienne.
« Tout va bien ? demanda le cyborg.
— Erol… tu… s’inquiéta Suzanne.
— Juste quelques bouffées. Trois fois rien, mais ça secoue les gencives… ton destrier en revanche… » répondit l’archéologue en désignant d’un signe de tête du cheval qui avait glissé en bas de la dune.
L’animal était mort et déjà, une mare d’acide commençait à apparaître pour l’emporter avec elle.
Ayant enfilé le masque que la jeune femme avait échappé, Erol partit à la recherche de sa monture qui avait trouvé refuge derrière des plaques de tôles rongées. Peu après, Byte remonta sur son loup que le blizzard ardent n’avait pas dérangé. Elle invita Suzanne à la rejoindre.
« Les lacs ne pardonnent pas, confia-t-elle.
— Quelque chose me dit que les mares ne sont pas le cadet de nos soucis, lança l’archéologue qui était maintenant revenu.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Suzanne.
— Sur la crête. Un groupe de huit cavaliers ! répondit Byte maintenant que le loup les avait détectés.
— Qui sont ces hommes ? Des brigands ? »
Suzanne tentait d’apercevoir les cavaliers, mais ceux-ci étaient à contre-jour. Le soleil venait d’apparaître par-delà les dunes. Elle eut cependant un terrible pressentiment.
« Le Juge-Exécuteur, trancha Suzanne.
— Quoi ? Comment ? Par où est-il passé ? s’emporta Erol avant de tirer son épée hors de son fourreau.
— Ce n’est juste pas la moitié d’un sot, grommela Byte entre ses dents… et il est accompagné de mercenaires armés jusqu’aux dents.
— Pouvons-nous les contourner ? demanda Suzanne en se tournant vers Erol.
— Nous précipiter à travers les étendues d’acide ? Mourir ici serait plus rapide.
— Pouvons-nous forcer le passage ? insista-t-elle.
— Ils ont l’air d’avoir des fusils. Ils nous cribleraient de balles », répondit Byte en parcourant des yeux le creux de la vallée à la recherche d’un moyen de fuite.
Le cheval d’Erol se cabra. Il y avait du mouvement sur la colline. Suzanne fut la seule à avoir gardé les yeux rivés vers le groupe qui les mettait à présent en joue.
Le cou de la bête d’Erol fut transpercé par plusieurs projectiles et s’effondra au sol. L’archéologue sauta en arrière. Aussitôt, il se mit à couvert derrière sa monture. Ordonnant à Byte de l’imiter, il dégaina son arme.
« Occupez-les. Nous allons les prendre à revers ! lui demanda la technomancienne en déposant Suzanne aux côtés d’Erol.
— À revers ? Avec quelle arme ? » s’enquit ce dernier.
Mais Byte et Jinko avaient déjà fui.
« Tu prends le revolver, tu vises mieux que moi.
— Attends ! Il y a du mouvement ! »
Le groupe de leurs poursuivants s’était scindé en deux. Une demi-douzaine d’entre eux s’était déportée vers la droite, dans la direction où Byte avait fui. Les autres cavaliers se tenaient toujours en ligne aux côtés du Juge. Ils restèrent parfaitement immobiles jusqu’à ce que l’un d’entre eux émergea de la butte avec un équipement étrange sur l’épaule.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda alors Erol.
Les mains sur le front, il scruta la crête. Suzanne l’imita. Malgré le contre-jour, elle parvint à discerner un long tube métallique que l’homme avait du mal à manœuvrer. Son utilité se révéla quand il en surgit un écran de fumée suivi d’un bruit d’explosion.
Suzanne retint un juron et bouscula Erol à terre. La déflagration de la roquette la propulsa dans les airs et elle atterrit seule contre un rocher quelques mètres plus loin.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, la carcasse du cheval était fumante et Erol gisait sur la dune opposée. Tous deux avaient perdu leur masque.
« Erol ! » hurla-t-elle avant de se relever difficilement.
Mais des hennissements trahissaient déjà la charge du second peloton. Le regard de Suzanne alterna entre Erol et la formation rocailleuse qui se tenait derrière elle.
« Mais où diable est donc passée Byte ? »
Suzanne retrouva son masque et l’enfila aussitôt.
Plusieurs coups de feu résonnèrent et un cavalier fut jeté au sol. Erol venait de se relever et était visiblement prêt à en découdre.
« Vers les rochers ! Va vers les récifs ! »
Il hurla de plus belle quand deux attaquants fondirent vers lui. Ils portaient des armures noires, patchwork de gommes et de métal chromé. De leurs bouches émanait un tube orange qui était relié à une bouteille d’air comprimé, dissimulée dans leur dos.
« Je m’occupe d’eux ! Cours ! »
Erol ne revêtait plus sa protection de cuir et du sang commençait à couler sur son menton.
Suzanne n’eut pas le temps de plus réfléchir davantage. Un autre mercenaire chargeait droit sur elle. Derrière lui, le Juge qu’elle avait croisé à Renaissance dégaina un bâton. Il hurlait des ordres à travers son masque qui ne couvrait que sa mâchoire.
Un nouveau coup de feu retentit. Quelque chose se mit à siffler et l’assaillant de Suzanne explosa. Erol avait du toucher sa réserve d’oxygène.
Le corps déchiqueté du mercenaire percuta Suzanne en pleine course alors qu’elle gravissait la dune qui la séparait d’un récif rocheux. Le torse glissa. De sa main s’échappa un pistolet automatique qui s’enfonça dans le sable fin.
Suzanne voulut récupérer l’arme, mais le cheval de son assaillant manqua de l’écraser. Dérapant sur le sable, il tomba à la renverse et elle roula avec lui de l’autre flanc de la butte. Tout comme la monture, elle percuta finalement un muret de pierres aux angles aigus.
Rassemblant ses esprits, elle parvint enfin à se mettre encore une fois debout. De sa position elle voyait de nouveau la crête où le reste des cavaliers était en prise avec Byte et Jinko. Le loup virevoltait entre les chevaux, semant la confusion. Byte, quant à elle, sautait de cible en cible, les frappant et les mordant comme une tigresse. C’était d’une sauvagerie incroyable.
Suzanne trouva au bout du compte son masque. Mais les verres étaient brisés. Il était désormais inutilisable.
Plus aucun coup de feu ne résonnait dorénavant de l’autre côté de la dune où devait se situer Erol. Suzanne espérait voir arriver l’archéologue, mais apparurent aussitôt des mercenaires, fusils en main, et le Juge-Exécuteur.
Cible facile, elle ne put se mettre à couvert à temps. Une balle effleura son bras, déchirant la manche de sa veste. Elle entendit les autres ricocher derrière les rochers. Malgré le stress, elle retint tant bien que mal sa respiration.
Ils pointèrent de nouveau leurs calibres en sa direction. C’était terminé. Elle n’avait nulle part où aller. Dos au mur, Suzanne fixait son peloton d’exécution.
Mais il n’y eut aucun coup de feu. Les mercenaires baissèrent leurs armes quand le Juge leva sa main droite.
« Puisqu’on ne peut faire confiance à ces armes du Diable, lui cria l’Inquisiteur. Je propose de revenir aux fondamentaux. »
Il descendit alors de son cheval, le bâton toujours entre les doigts. Il avança lentement d’une condescendance sans égale.
Un nouveau coup de feu résonna derrière lui. Erol devait encore se battre. Ses ennemis se retournèrent et elle en profita pour saisir une poignée de cailloux qu’elle dissimula dans son poing. Sous-ordre du Juge, les mercenaires disparurent et celui-ci descendit plus rapidement la dune jusqu’à arriver au bord de la mare fumante.
« Êtes-vous à ce point lâche que je dois venir jusqu’à vous ? » demanda-t-il, toujours aussi sûr de lui.
Suzanne lança alors le contenu de sa paume droit dans l’étang corrosif, éclaboussant d’acide son adversaire qui recula. Sans attendre, elle en profita pour sauter par-dessus le liquide caustique, prenant appui sur le muret qui avait failli la condamner à mort.
Contournant son ennemi, elle fonça en direction du sommet, mais celui-ci lui avait saisi la jambe mi-chemin. Son visage accueilli les semelles de Suzanne à plusieurs reprises et ils dégringolèrent le long de la butte, se fracassant le dos sur des roches saillant, tentant vainement de s’agripper mutuellement la gorge.
Leur chute s’arrêta miraculeusement à quelques centimètres du rivage corrodé où ils furent séparés. Le masque de fortune du Juge s’était détaché et gisait en hauteur. Ils étaient maintenant à égalité.
Pour Suzanne, reprendre sa respiration était une torture. L’acide la rongeait de l’intérieur. Elle sentait sa propre langue se flétrir et ses yeux s’embrouiller.
Bondir vers le Juge ou s’enfuir, le résultat serait identique. Un décès rapide contre une mort lente quelques semaines plus tard à la suite des effets des gaz. Le scénario était le même pour son assaillant.
« Pourquoi tant d’acharnements contre nous ? » demanda Suzanne dans un hoquet.
Le Juge paniqua et serra son bâton. Il avait choisi.
« J’ai été disgracié par la faute de Feuerhammer. La Sainte et moi-même n’avons plus le même objectif. Elle m’a chargé de vous retrouver, vous la jeune femme à l’implant, mais moi, je ne vous ramenai pas à elle, expliqua-t-il en s’ôtant un morceau de ses lèvres qui se détachait déjà à cause de l’acide.
— Pourquoi la Sainte s’intéresse à moi ? s’étonna Suzanne.
— La Sainte est une blasphématrice. Elle a compromis notre chapitre millénaire ! D’abord elle a fait arrêter les Inquisiteurs puis la moitié des Juges. Et ce fut ensuite l’arrivée des nonnes aux ajouts et enfin des recherches sur la technologie interdite. Seul ce démon aux deux visages et au regard perdu dans les étoiles sait pourquoi elle a besoin de vous ! »
Démon ? Étoiles ? Faisait-il allusion à Thomas ? Non ! Impossible !
Il chargea à la fin de son monologue. Longeant les abords du lac qui lui dissolvaient la semelle de ses bottes, il fonça vers la jeune femme qui l’attendait de pied ferme, une jambe en appuis. À un mètre de sa cible, il fit siffler son bâton, visant son crâne.
Aidée par son implant, Suzanne esquiva son attaque puis lui porta aussitôt un coup de poing au visage puis à la nuque.
Un cri lui échappa quand il lui agrippa finalement la gorge de la main gauche. Il était désormais sur elle, en position de force. Ses genoux lui écrasaient les cotes.
Un violent choc sur la tempe la sonna. Le Juge avait délibérément visé son assistant digital et resserrait maintenant son étreinte. Levant son bâton, il voulut enfin lui donner le coup de grâce.
Suzanne voyait trouble. Ses sens et son implant ne répondaient plus. Elle finit par mettre son bras en opposition. L’arme lui arracha la main. Cette dernière coula dans l’acide.
Malgré l’emprise que son assaillant possédait sur sa gorge, elle parvint à hurler. Un rictus déchira le visage du Juge. Ses dents n’étaient plus que des moignons noircis. Ses joues se craquelaient par endroit. Il voulut la frapper également, mais il lâcha mystérieusement son bâton.
Avec l’énergie du désespoir, Suzanne le cogna de sa main valide, encore et encore, jusqu’à ce que celui-ci recule puis s’effondre un peu plus loin.
Il n’avait pas réagi. Quelque chose l’avait stoppé dans sa rage meurtrière. Sous ses traits meurtris, Suzanne lisait la terreur.
« Mais qui êtes-vous donc ? »
Suzanne regarda son bras abîmé. Tout était flou. Son sang scintillait au soleil. C’était étrange.
Il est bleu ?
Un hurlement la tira de son hypnose. Le Juge était allongé sur le sol à quelques mètres d’elle. Une flaque d’acide s’était formée à quelques centimètres de son cou et les émanations gazeuses avaient fini par embraser sa barbe. Sa tête était en flamme.
L’Inquisiteur roulait et tournait dans le sable brûlant, pataugeait dans la boue dévorante qui se constituait.
Suzanne se releva puis, prise de pitié, elle le tira avec le peu de forces qui lui restait hors de la mare verdâtre qui s’était maintenant développée. Les vêtements et la peau de son bourreau lui demeurèrent collés sur la paume.
Les hurlements de son adversaire recommencèrent de plus belle et ce fut lorsque ses joues carbonisées cédèrent, déchirés par les cris, que Suzanne perdit connaissance à cause du gaz toxique.
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